Takaful, l’essence même du mutualisme

Versant assuranciel de la finance islamique, le Takaful est à l’origine une technique d’assurance compatible avec les principes de la Charia.
 Prônant une approche religieuse, ces opérateurs proposent des solutions assurantielles à des besoins de gestion de risques et répondent aux mêmes exigences de solvabilité que toutes les compagnies d’assurance. Introduite en Europe à la fin des années 90, elle s’est nourrie de son environnement législatif) pour évoluer. 

Aujourd’hui, une nouvelle génération d’entrepreneurs formés dans les meilleures universités européennes repense l’approche conceptuelle du Takaful, redessinant les contours de l’offre et ses circuits distribution. Le Takaful est principalement basé sur deux principes : le refus de l’intérêt et l’absence d’investissements nocifs pour l’homme et la société. D’une vision restrictive, l’assurance Islamique est en train de muter vers un nouveau modèle inclusif.

La proximité des valeurs du Takaful et de la mutualité
La mutualité – et les mutuelles d’assurance qui la composent – est animée par des valeurs de solidarité, de démocratie et de transparence. Elle cherche depuis 150 ans à garantir pour tous l’accès à des services de qualité et se fonde pour ce faire sur 5 principes fondateurs. Son but est non lucratif et elle reconnait la primauté de la personne et de l’objet social sur le capital. 
L’adhésion est volontaire et ouverte, le contrôle des entités économiques est démocratique et réalisé par des membres assurés suivant le principe « une personne, une voix ». Les excédents financiers tirés des opérations d’assurance doivent servir l’intérêt général et les services aux membres assurés.
Le Takaful répond aux mêmes exigences et finalités que celles de la mutualité. Les buts des compagnies est de servir l’intérêt de la communauté, sans dessein lucratif. Les assurés sont également les assureurs, les excédents sont réinvestis dans l’appareil productif ou redistribués. C’est pourquoi, le Centre Européen des Fatwas a déclaré dès 1998 qu’« un musulman devait s’assurer auprès d’une mutuelle, là où l’offre Takaful n’était pas présente »
La proximité des valeurs du Takaful et de l’I.S.R.
Le terme d’Investissement Socialement Responsable (ISR), adapté d’un concept anglo-saxon, rassemble toutes les démarches consistant à intégrer des critères extra-financiers dans la cotation des actifs. Ces critères concernent l’environnement, les questions sociales, éthiques et la gouvernance dans les décisions de placements et la gestion de portefeuilles. Ses actions sont catégorisées sous trois formes : les fonds socialement responsables ou de développement durable, les fonds d’exclusions et enfin l’engagement actionnarial.
Le Takaful vise à respecter les valeurs humaines en interdisant certains investissements comme ceux réalisés dans la pornographie ou l’armement par exemple. Les fonds des assurés doivent également être investis dans des activités tangibles et dirigés vers l’économie réelle. Ils correspondent donc en tous points avec l’essence de l’ISR.
Vers l’assurance participative
Des colloques et formations n’utilisent plus aujourd’hui le terme Takaful et préfèrent parler d’Assurance Participative. Cette évolution n’est pas uniquement sémantique mais bel et bien la traduction d’une évolution réelle de la demande d’assurance. Le fait religieux reste un des piliers fondateur de cette offre, qui inclut désormais à la fois le respect de valeurs mutualistes et de l’économie réelle et durable. Si l’on pousse la réflexion jusqu’au bout, on peut dire que l’assurance participative s’assimile en quelque sorte à un ISR mutualiste. La demande d’assurance participative n’est donc plus seulement liée à la religion mais à d’autres principes mutualistes miscibles avec les principes religieux.
Une urgence à développer ces solutions en France
La France est le pays d’Europe qui compte le plus grand nombre de musulmans sur son territoire. La demande en assurance de ces populations ne cesse de croître. Paradoxalement, le marché ne propose que 3 produits dans le domaine de l’assurance Vie et aucune offre n’est disponible en Non Vie. Les 3 à 5 millions de particuliers ainsi que les personnes morales (associations, mosquées, petits commerces…) ne disposent pas à l’heure actuelle sur le marché d’offres qualifiantes répondant à leurs attentes de produits d’assurance et d’investissement. Nous sommes face ici à une demande importante qui ne trouve pas d’offre répondant à ses besoins.
La situation sur des marchés proches et similaires est cependant différente. Par exemple, sur les marchés européens, le Luxembourg et l’Angleterre se sont d’ores et déjà structurés. L’association professionnelle IIAL (Islamic Insurance Association London) a été créée le 30 avril dernier à Londres. Elle vise à soutenir les acteurs britanniques dans leurs projets en matière d’assurance islamique. Des sociétés spécialisées mais également de grands Groupes internationaux proposent des produits labélisés Takaful à côté de produits standards.
Ces opérateurs commencent à pénétrer le marché français (les offres en assurance Vie proviennent de compagnies implantées au Luxembourg). Selon les dernières déclarations de ces compagnies spécialisées, elles devraient prochainement intensifier leurs démarches pour s’implanter de façon organisée sur le marché français.
Vers l’inclusion de cette branche dans l’offre française 
D’une proposition initiale exclusivement communautaire, le Takaful a atteint une certaine maturité grâce à l’évolution de ses penseurs et à l’affirmation de besoins et de valeurs nouveaux exprimés par les consommateurs français. Il y a désormais urgence à créer une offre résolument mutualiste dont l’ensemble des investissements à l’actif seraient participatifs et socialement responsables. La labellisation de cette offre ne sera sans doute pas le moteur de sa croissance. Elle est aujourd’hui prête à s’intégrer dans des appellations moins polémiques, qui favoriseront de fait son développement. Les acteurs leader sur le marché français ont tout intérêt à se positionner au plus vite sur ce marché florissant de quelques milliards d’euros, avant que leurs concurrents européens le dominent.
Par Sébastien Poupin, auteur de l’étude Stratégies de développement de produits d’assurance takaful

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